MÉDIAS

Le suicide est un problème de santé publique important. À titre de professionnel des médias, bien qu’il puisse être difficile de trouver la façon adéquate d’agir, vous êtes appelé à couvrir certains suicides.

Parce qu’il s’agit d’un sujet délicat et que la couverture médiatique peut avoir une influence sur les personnes vulnérables comme sur la hausse des cas de comportements suicidaires dans les jours ou les semaines qui suivent l’événement, voici un guide pratique visant à répondre à vos interrogations sur les façons de parler du suicide de façon préventive.

Un traitement médiatique adéquat du suicide contribue à sauver des vies.

Ce qui est recommandé

(selon l’Organisation mondiale de la santé)

  • Valoriser la demande d’aide et présenter les ressources disponibles, notamment celles qui sont spécialisées en prévention du suicide ou en santé mentale. Au Québec, la Ligne québécoise de prévention du suicide 1 866 APPELLE (277-3553) est la ressource à privilégier puisqu’elle est accessible sur l’ensemble du territoire, 24 heures sur 24, 7 jours sur 7.
  • Mettre l’accent sur les signes de détresse. Diffuser les signes d’alerte peut permettre à quelqu’un de venir en aide à une personne en détresse. En effet, le suicide se produit rarement sans avertissement.
  • Prendre en considération les répercussions du suicide sur les familles et sur les proches. L’accent doit être mis sur le deuil que vivent les proches de la personne décédée.
  • Décrire les séquelles physiques des tentatives de suicide (lésions cérébrales, paralysie, etc.) pour être dissuasif.
  • Lorsque c’est possible, alimenter l’espoir en donnant la parole à des personnes qui ont réussi à surmonter la détresse avec de l’aide professionnelle.

Agir sur l’effet de contagion possible

  • Attention à l’effet de contagion (identification à la personne décédée), c’est-à-dire que d’autres, se reconnaissant dans les problèmes de la personne décédée, voient le suicide comme une solution à leurs problèmes ou utilisent le même moyen pour se suicider. Pour ce faire :
    • NE PAS donner une explication simpliste. Le suicide est un problème multifactoriel. Il est généralement le résultat d’une interaction complexe de nombreux facteurs individuels ou environnementaux (problème de santé mentale, abus de substance, conflits interpersonnels, etc.). Si l’on cible une cause unique, nous craignons l’effet sur les personnes souffrant du même problème;
    • Ne pas publier de photos ou de lettres de suicide;
    • Éviter de donner trop de détails sur le geste, le lieu et le moyen utilisé. Certains endroits étant traditionnellement associés au suicide, la publicité que l’on peut en faire accentue le risque de décès par suicide à partir de ces lieux;
    • Ne pas présenter le suicide comme une solution compréhensible ni donner l’impression que la personne est désormais soulagée ou que le suicide était inévitable;
  • Attention à la glorification de la personne décédée ou au traitement sensationnaliste de la nouvelle, particulièrement lorsqu’il s’agit d’une personne célèbre. La glorification (ex. : présenter les personnes comme des martyrs ou des objets d’adulation du public) peut suggérer aux personnes vulnérables au suicide que la société dans laquelle ils vivent admire dans certaines conditions le comportement suicidaire.
  • Peu de temps après le suicide de l’animateur Gaétan Girouard, en 1999, il y a eu une hausse du nombre de suicides. Il existe un lien entre ces décès et la façon dont la nouvelle avait été rapportée dans les médias. Le décès de Dédé Fortin n’a pas eu le même effet. Le drame avait été rapporté différemment; l’accent avait été mis sur la détresse du chanteur.

  • Il est normal de chercher à comprendre ce qui s’est passé, mais il faut éviter de chercher, voire de trouver un coupable ou un responsable du geste posé.
  • Se méfier des généralisations fondées sur de petits nombres. Éviter des expressions telles que « épidémie de suicides » ou
    « l’endroit où le taux de suicide est le plus élevé du monde ». Toujours interpréter les statistiques avec prudence et utiliser des sources fiables.
  • Les titres de la première page d’un journal ne sont jamais l’endroit idéal pour diffuser des informations sur un suicide.
Les mots pour le dire
  • Parler de suicide « complété » ou « non complété » plutôt que de suicide ou de tentative « réussi(e) »
    ou « raté(e) »; le suicide ne doit pas être associé à une connotation positive ou négative.
  • Privilégier l’expression « personne décédée par suicide ».
  • Éviter de parler de « choix » ou de « solution » lorsqu’on parle de suicide.
créateurs

Bien que les taux de suicide aient diminué depuis le tournant des années 2000, trois personnes s’enlèvent encore la vie chaque jour au Québec. On estime que chacune d’elles plonge une vingtaine de personnes dans un deuil douloureux. Puisque nous sommes nombreux à être touchés par le problème, ce n’est pas un hasard si cette réalité québécoise inspire des auteurs, des réalisateurs ou des musiciens.

Les histoires mettant en scène des personnages aux prises avec des problèmes de santé mentale ou des idées suicidaires peuvent s’avérer touchantes et authentiques, mais elles peuvent aussi bouleverser des personnes vulnérables. Certaines pourraient s’identifier au personnage qui s’enlève la vie et poser elles-mêmes un geste suicidaire.

Dans les sociétés occidentales, le suicide est de plus en plus présent dans les œuvres de fiction et souvent montré de façon sensationnaliste. Les scènes sont plus longues et plus détaillées qu’avant.

Puisque cela peut avoir une influence sur des personnes vulnérables ou touchées par le problème, il est recommandé de se questionner dès le début du processus créatif : est-il nécessaire d’en parler? Si oui, comment l’aborder de façon respectueuse et préventive? L’idée n’est pas de créer un tabou, mais de choisir la bonne façon de parler du suicide. Une meilleure compréhension du suicide ainsi que des mythes et des facteurs de risque qui lui sont associés peut d’ailleurs rehausser l’authenticité d’une œuvre.

Éléments à considérer

  • Une scène dramatique de suicide peut heurter certaines personnes plus vulnérables, par exemple celles qui ont des idées suicidaires ou celles qui ont perdu un être cher par suicide.
  • Il a été démontré qu’un portrait détaillé du moyen utilisé par la personne décédée par suicide amène certaines personnes à poser le geste avec le même moyen.
  • Les explications simplistes doivent être écartées. Le suicide est multifactoriel. Le message retenu par le public ne doit pas être que le suicide est la solution à tel ou tel problème.
  • Il faut éviter de glorifier le suicide ou de faire du sensationnalisme. Le suicide n’étant ni glamour ni romantique, il ne faut pas laisser cette impression au spectateur. Le suicide est un geste irréversible posé pour résoudre des problèmes temporaires.
  • Il est important de montrer les répercussions du suicide sur l’entourage. Le suicide est toujours un drame pour l’entourage proche (famille, amis, voisins, collègues). Il a aussi un effet sur la communauté plus large.
  • Lorsque c’est possible, proposer des ressources d’aide disponibles.

N’hésitez pas à consulter un professionnel de la prévention du suicide pour être guidé dans votre création. L’AQPS le fait occasionnellement et l’exercice ne dénature pas l’idée originale du créateur.

Ressources d’aide à diffuser au Québec

Besoin d’aide pour vous ou un proche?
Ligne québécoise de prévention du suicide

1 866 APPELLE (277-3553)