À titre d’intervenant et de professionnel, que vous soyez spécialisé ou non en prévention du suicide, la problématique du suicide fait partie de votre réalité. Parfois, vous devez agir pour assurer la sécurité et le bien-être des personnes qui utilisent vos services ou vous devez répondre aux interrogations de votre organisation sur la façon d’aborder le sujet ou sur les activités de prévention à mettre en place dans votre milieu.

Quelques conseils sur les façons de parler du suicide

De façon générale avec la clientèle :

  • Abordez le sujet et posez des questions sur la présence d’idées suicidaires. Cette discussion permettra de déterminer les priorités à mettre en place dans l’intervention ou le suivi. Cela devrait faire partie de la routine d’intervention auprès des personnes en détresse, comme on vérifie la pression et la température d’une personne qui consulte un médecin pour un problème de santé physique.
  • Faites une intervention permettant d’estimer le danger d’un passage à l’acte suicidaire. Si vous n’êtes pas formé pour le faire, dirigez rapidement la personne vers un collègue qui pourra le faire.
  • Si vous dirigez la personne vers un autre intervenant ou organisme, assurez-vous que quelqu’un est en mesure de prendre véritablement le relais.
  • Prenez connaissance des bonnes pratiques en matière d’intervention en prévention du suicide.

    Au Québec, entre 2011 et 2017, plus de 20 000 intervenants ont reçu la formation Intervenir auprès de la personne suicidaire à l’aide de bonnes pratiques.

Intervenants en milieu scolaire

Des recommandations propres aux milieux fréquentés par les jeunes, notamment les écoles, sont proposées par l’Institut national de santé publique et le ministère de la Santé et des Services sociaux.

Repérez et référez les jeunes à risque

  • Soyez sensible aux signes de détresse (isolement, absentéisme, agressivité, perte d’intérêt, etc.) ou à certains événements qui peuvent augmenter le risque du passage à l’acte (échec scolaire, perte amoureuse ou conflit, problème disciplinaire, etc.).
  • Dirigez le jeune rapidement vers les services appropriés, comme un professionnel de l’école ou un intervenant en prévention du suicide. Vous pouvez aussi communiquer avec la Ligne québécoise de prévention du suicide au 1 866 APPELLE (277-3553) pour obtenir le soutien d’intervenants spécialisés. Ces services sont accessibles gratuitement 24 heures sur 24, 7 jours sur 7.
  • Dans les écoles secondaires, assurez-vous que les réseaux de sentinelles (adultes formés pour repérer les jeunes vulnérables et les diriger vers de l’aide) et le personnel scolaire sont disponibles et attentifs aux signes.

Mettez en place des interventions basées sur les meilleures pratiques

Il faut être prudent quand on aborde la question du suicide avec les jeunes. On doit s’assurer de prendre soin des jeunes qui pourraient être vulnérables. En ce sens, il est recommandé d’éviter les interventions qui portent précisément sur le thème du suicide auprès des groupes d’élèves.

Que faire, alors?

  • Privilégiez les interventions qui agissent en amont des problèmes : ces actions favorisent le développement de compétences personnelles et sociales, particulièrement l’expression des émotions, la gestion du stress, la demande d’aide, la gestion de conflits et la résolution de problèmes.
  • Si le suicide est abordé dans des documentaires ou dans des séries, faites attention à l’envie de vous servir du contexte pour aborder le sujet en classe ou pour faire réfléchir les jeunes sur le sujet dans des travaux scolaires (cours de français, d’arts plastiques, etc.). L’Institut national de santé publique met en garde le milieu scolaire contre les risques associés, notamment chez certains élèves vulnérables qui se retrouvent parfois seuls devant des œuvres qui présentent le suicide comme inévitable, qui ne favorisent pas la demande d’aide ou qui offrent peu de messages d’espoir.
  • Si les élèves abordent le suicide, répondez aux questions tout en vous assurant de poser les actions suivantes :
    • vérifier auprès de ceux qui veulent parler du suicide si cet intérêt est en fait une demande d’aide (si ce n’est pas possible de le faire avant, prendre le temps de vérifier l’état de la personne par la suite);
    • expliquer que le suicide est un problème multifactoriel et qu’il est souvent lié à un trouble mental, par exemple la dépression, et qu’il est possible de traiter ces problèmes;
    • éviter d’accroître leurs connaissances sur les méthodes suicidaires et sur leur niveau de létalité;
    • expliquer clairement que le suicide n’est pas une option;
    • éviter le partage d’opinions sur la question du suicide;
    • fournir de l’information sur l’aide disponible;
    • promouvoir des attitudes positives de résolution de problèmes.
  • Si les élèves souhaitent vraiment avoir une discussion sur le sujet, faites appel à un professionnel de la prévention du suicide ou de la santé mentale.
  • Si un parent partage ses inquiétudes au sujet de son enfant avec un membre du personnel scolaire, la personne doit poser les actions suivantes :
    • inviter le parent à écouter son jeune, sans juger;
    • au besoin, diriger le parent vers les ressources d’aide appropriées. Cela est particulièrement important si le jeune vit des difficultés, s’il a des troubles de santé mentale ou s’il est vulnérable au suicide.

« On a vu qu’il n’allait pas bien. On a fait
appel à des ressources pour l’aider. »

Parler du suicide en contexte de postvention
(intervention à la suite d’un suicide)

Prenez le temps. Même si le suicide crée une onde de choc dans le milieu, il faut planifier les interventions.

  • Repérez les personnes touchées et cernez leurs réactions (stress, crise, deuil).
  • Déterminez les interventions à mettre en place (soutenir les personnes endeuillées et celles qui partageaient une proximité physique avec la personne décédée, repérer les jeunes vulnérables et prendre soin des témoins).
  • Assurez-vous que le milieu a les ressources nécessaires pour affronter la situation (il est possible de recevoir du soutien du centre de prévention du suicide ou du CISSS de votre milieu).
  • Des lignes directrices sont disponibles.

Comment parler du suicide aux jeunes?

  • Parlez de façon générale des personnes suicidaires et non de la personne décédée ou de son histoire (dépersonnalisez le discours).
  • Permettez l’expression des émotions (choc, peur, anxiété, tristesse, etc.) et légitimez-la tout en mentionnant que chacun peut réagir différemment à l’événement.
  • Clarifiez les fausses croyances (mythes) et les rumeurs que les jeunes expriment au sujet du suicide.
  • Faites connaître les ressources disponibles dans le milieu, dont la ligne 1 866 APPELLE, accessible 24 heures sur 24, 7 jours sur 7.
  • Assurez-vous que le suicide n’est pas perçu comme un geste romantique, héroïque, inévitable pour mettre fin à ses souffrances, notamment dans la mise en place d’un rituel (participer aux funérailles, faire un concert, gérer le bureau ou le casier etc.).
Pour vous ou pour un proche

Ligne québécoise de prévention du suicide
1 866 APPELLE (277-3553)2